26 juin 2008
Moscovici:pourquoi la contribution "besoin de gauche"
Cher(e) camarade
J'ai le plaisir de te soumettre le projet de contribution dont je serai le premier
signataire. Ce texte est motivé par deux préoccupations: celle d'une vraie rénovation
de notre pensée, celle d'une remise au travail de notre parti dans une démarche
collective.
« Besoin de gauche », tel est l'intitulé de cette contribution. Besoin de gauche,
d'abord, parce qu'à tous les niveaux - international, européen, national - l'exigence
d'organisation et de régulation d'un capitalisme globalisé et déréglementé apparait
primordiale pour les gauches, en France et ailleurs. Inventer un nouveau
développement qui permette un rapport capital-travail plus équilibré, une croissance
à haute valeur ajoutée et écologiquement responsable et aussi la promotion de
modes d'activités coopératives épanouissantes pour l'homme: tel est l'objectif
historique des socialistes au 21 éme siècle.
« Besoin de gauche », ensuite, parce que nous devons pleinement
appréhender la nouvelle question sociale, les causes et les effets d'une société
en voie de fragmentation, voire d'atomisation, au sein de laquelle les enjeux sociaux
ne se résument pas à l'opposition traditionnelle entre le capital et le travail mais
traversent aussi le monde salarial. Nous avons le devoir, au-delà d'une redistribution
plus juste, de réduire ces inégalités socio-culturelles à la racine, de promouvoir une
égalité réelle par des politiques actives de services publics de qualité. Pour tout cela,
une ambition européenne forte est indispensable, à l'heure où l'Union traverse une
crise profonde: cette ambition est au coeur de la contribution que je te soumets.
« Besoin de gauche », enfin, parce qu'il est impératif de remettre notre parti au
travail. Une prise de conscience de tous, et à tous les niveaux, est impérative. Dans
ce but, nous faisons une série de propositions concrètes: entre autres, des instances
statutaires qui débattent au fond et qui décident dans la transparence, des
conventions qui fixent les orientations, le respect des militants. La réussite de notre
Congrès dépend de l'intensité de cette aspiration à changer notre Parti, ses
méthodes, son fonctionnement afin de mieux dégager les lignes de force de notre
futur projet.
Le Congrès de Reims ne peut pas être celui de la désignation par anticipation
de notre candidat(e) à l'élection présidentielle. Cette confusion signifierait, audelà
de toute autre considération sur le fond, que nous faisons fausse route et que
nous nous préparons à de nouveaux lendemains qui déchantent, face à un Nicolas
Sarkozy qui contrôle tous les pouvoirs et n'a pas dit son dernier mot. Il faut, au
contraire, ne pas abimer nos candidats putatifs à l'élection présidentielle. Pour une
raison décisive: aucun(e) ne s'impose, à ce jour, comme un leader naturel; aucun(e)
ne représente à lui (elle) seul(e) un courant majoritaire. Et, si cette confrontation
devait, malgré tout, se produire, elle n'aboutirait qu'à une victoire trop courte de
l'un(e) des protagonistes pour éviter, dès après le Congrès, les effets délétères d'une
déstabilisation implosive de notre collectif.
La tâche de Premier secrétaire est un investissement à temps plein. L'aspirant à
cette responsabilité se doit, dans la situation présente, de ne pas avoir comme
préoccupation de briguer la candidature socialiste à la présidentielle afin d'instaurer,
à la tête d'une équipe de direction renouvelée et rajeunie, un climat propice à la
réflexion collective et à la production d'idées, d'orientations et de propositions, et de
faire avancer, dans la franchise et la loyauté, les instances du Parti, et plus
largement notre organisation toute entière.
Avec les responsables de Socialisme et Démocratie, avec Arnaud Montebourg
et beaucoup d'autres, nous avons voulu dans ce texte de contribution aller à
l'essentiel. Nous vous proposons une démarche collective, un programme d'actions
précis déclinant les valeurs posées par notre déclaration de principes et permettant
de trancher, dans les 2 années qui viennent, » les grandes questions que nous
n'avons pu résoudre ces dernières années, afin de pouvoir choisir sereinement, en
2011, notre candidat(e) à l'élection présidentielle dans une primaire organisée par le
PS et ouverte à tous ceux qui veulent y participer.
Je serais très heureux que tu me fasses connaitre, si tu le veux bien, tes
appréciations et critiques après la lecture de ce texte, ainsi que ton éventuel accord à
le soutenir.
Pierre Moscovici
Pour voir la contribution http://besoindegauche.over-blog.net
13 avril 2008
la tactique de Sarkozy
Merci à Cabu - Le Canard Enchaîné
12 avril 2008
Marwan Barghouti à Shalom Arshav : "Les Palestiniens sont prêts à un compromis historique"
Yediot Aharonot, 8 avril 2008
Aller sur le site de Shalom Arshav
Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant
Le haut responsable du Fatah Marwan Barghouti, emprisonné en Israël, a adressé une lettre à Shalom Arshav (La Paix Maintenant), qui marque aujourd’hui son 30e anniversaire. Dans cette lettre, il appelle Israël à signer un traité de paix avec Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne. "Offrons à vos enfants et aux nôtres une vie sans la menace de guerres et de massacres." Cette lettre sera lue ce soir par Qaddoura Farès à l’occasion de la manifestation qu’organise Shalom Arshav à Tel-Aviv pour marquer ses 30 ans.
"Je vous écris depuis le sombre petit cachot où je suis emprisonné par les forces d’occupation, avec 11.000 autres prisonniers, dont des femmes et des enfants. Certains n’ont fait l’objet d’aucun jugement, d’autres sont emprisonnés depuis plusieurs dizaines d’années", écrit Marwan Barghouti, ancien commandant des "Tanzim" aux militants de Shalom Arshav.
"Mû par la douleur et les souffrances endurées par le peuple palestinien durant 40 années d’occupation militaire, je vous adresse mon salut et mes encouragements. La création de votre mouvement, il y a 30 ans, nous a donné l’espoir qu’il existe en Israël un groupe qui s’oppose à l’occupation, à la colonisation et à l’oppression du peuple palestinien. Qu’il existe un groupe qui appelle à la paix entre les peuples et qui soutient le droit des Palestiniens à créer un Etat indépendant dans les frontières de 67 avec Jérusalem Est pour capitale."
Dans sa lettre, Marwan Barghouti évoque le "document des prisonniers" [1] et affirme : "Nous, dirigeants des différents groupes du peuple palestinien, avons pris l’initiative d’un plan de paix unique en son genre dans l’histoire du mouvement palestinien, initiative connue sous l’appellation « document des prisonniers ». A côté de la signature du Fatah figurent celles de membres du Hamas, du Jihad islamique et de toutes les composantes de l’OLP. Ce document affirme clairement que l’objectif du mouvement palestinien consiste en la fin de l’occupation des territoires conquis en 1967, la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem Est pour capitale, et une solution au problème des réfugiés conforme au droit international."
L’ancien dirigeant du Fatah précise encore que le document donne mandat au président de l’Autorité palestinienne pour mener les négociations avec l’Etat d’Israël en vue d’un accord définitif. "Cet accord sera soumis à un référendum. Pour la première fois, il montre la voie d’une négociation où la position palestinienne est unie."
"Moi, et avec moi la majorité écrasante du peuple palestinien, sommes prêts à un compromis historique fondé sur les décisions internationales, qui garantira deux Etats, un Etat d’Israël et un Etat palestinien, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité. Nous sommes prêts à un compromis historique qui assurera à vos enfants comme aux nôtres une vie sans menace de guerres et de massacres. C’est la raison pour laquelle il faut parvenir le plus rapidement possible à un cessez-le-feu réciproque."
"Le peuple palestinien est avide de liberté, d’indépendance et de paix. C’est pourquoi il est vital de stopper immédiatement et totalement la colonisation et les expropriations, de rouvrir les institutions palestiniennes à Jérusalem, de démanteler les barrages routiers qui ont fait des territoires palestiniens un enfer et ont détruit l’économie palestinienne, d’arrêter la politique des assassinats et des arrestations, de lever le siège de Gaza, de rouvrir les passages frontaliers, d’instituer une période d’accalmie complète et de libérer les milliers de prisonniers."
Lettre à Shalom Arshav de la main de Barghouti

05 avril 2008
Pierre MOSCOVICI : Une feuille de route pour le congrès
J' ai toujours eu avec les « reconstructeurs » une attitude qui n' était ni de participation active, ni de défiance. Il est utile de débattre avec les partisans de Laurent Fabius, d'Arnaud Montebourg ou de Martine Aubry, pour identifier des convergences, voire aller au-delà. En ce sens, Jean-Christophe Cambadélis a eu raison de tendre la main à Bertrand Delanoë. Mais lorsque l' on arrive au stade des contributions, il faut être soi-même. Il faut s' affirmer. Social-démocrate, je souhaite un Parti socialiste européen, réaliste, innovant. C' est la ligne que je défendrai, avec beaucoup d' autres, au prochain congrès.
Nous avons avec Arnaud la volonté de travailler ensemble pour bâtir un projet porteur d' espoir. Tout cela sans état d' âme, sans arrière-pensées, sans calcul tactique. Je ne souhaite pas que le congrès du Parti socialiste soit un congrès de désignation de notre candidat à l' élection présidentielle de 2012. C' est beaucoup trop tôt, et ce serait dangereux pour le parti, car une confrontation des présidentiables risquerait de blesser le PS. Choisir un congrès de désignation, c' est combiner tous les inconvénients : dureté des débats, artifices des positions, résultat incertain, compétition prolongée pour le pouvoir.
Je refuse un congrès anti-Royal ou anti-Delanoë, un congrès qui soit orienté contre quelque présidentiable que ce soit je pense à Dominique Strauss-Kahn, à Martine Aubry, à François Hollande, pourquoi pas à d' autres. Allons vers un congrès de rénovation et de reconstruction, évitons la stigmatisation.
Il faut être cohérent. On ne peut pas refuser un congrès de désignation et, dès le lendemain, promouvoir sa propre candidature à l' élection présidentielle. C' est cette attitude qui a empoisonné la vie du PS dans les dernières années. Celui qui sera, sur cette base, premier secrétaire à l' issue de congrès doit s' engager à ne pas être candidat en 2012. Ce sera, bien sûr, mon attitude.
Le congrès doit être un congrès de rupture et traduire un choix réformiste assumé. Il doit déboucher sur un programme de travail ambitieux, sur deux à trois ans. Le parti doit se projeter dans l' avenir en répondant à toute une série de questions. Quelle est notre identité ? Qu' est-ce qu' être socialiste au XXIème siècle ? Quelle est notre conception de la mondialisation ? De l' Europe ? Comment moderniser le parti pour qu' il soit plus en phase avec la société ? Nous devons également réfléchir à un élargissement du PS pour en faire le parti de toute la gauche et désigner notre candidat à l' élection présidentielle à travers des primaires ouvertes à tous les électeurs socialistes.
Notre opposition ne doit être ni frontale ni complaisante. Le PS doit bien sûr marquer sa désapprobation mais aussi porter des alternatives. Prenons trois sujets. La réforme des institutions proposée par Nicolas Sarkozy ne peut être acceptée en l' état, mais les propositions du comité Balladur méritent d' être discutées. Sur la présidence française de l' Union européenne, nous insisterons pour que le modèle social européen soit au cœur des débats. Sur la réforme des retraites, enfin, ne soyons pas les défenseurs du statu quo mais agissons pour que les questions de la pénibilité ou de l' emploi des seniors soient prises en compte.
20 février 2008
à propos de Bayrou , du MODEM,du PS et de la social-démocratie
Une analyse de Pierre Moscovici (pour aller sur le site de Moscovici) à laquelle je souscris entièrement)
Il faut partir d’une analyse précise de la situation de François Bayrou et d’abord de sa stratégie. Le Président du Modem est, depuis 2002, l’homme à abattre pour l’UMP et ses chefs successifs, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Le premier avait attiré à lui une partie de ses troupes après sa réélection face à Le Pen en créant l’UMP avec et pour Alain Juppé, aujourd’hui pardonné de ce forfait par François Bayrou. Le second a favorisé la création d’une franchise UMP, d’un parti croupion aux pratiques approximatives et népotistes, le « Nouveau centre » bidon d’Hervé Morin.
Bayrou se trouve aujourd’hui à la tête d’un tout petit parti, pratiquement privé de cadres, dont la plupart des éléments « droitiers » sont partis. Est-ce un handicap ? Bien sûr, il est toujours utile de disposer d’un parti puissant et ordonné. Mais de cette faiblesse il a fait une force. Car le Modem, sans vraie implantation locale, soutenu par une poignée de sénateurs, presque sans députés, est du coup exceptionnellement discipliné, tout entier voué à l’aventure présidentielle de son chef, qui n’a pas à s’embarrasser des courants, des élus, des instances, des débats internes qui font la vie d’une grande formation démocratique. Il a des militants, de l’argent, un seul objectif : la présidentielle. Il va l’aborder avec un bon socle de popularité, en opposant farouche à Nicolas Sarkozy, qu’il poursuit d’une aversion totale et définitive, en espérant un PS faible ou divisé en 2012. Sa réussite, en effet, passe par notre échec. Il a besoin d’un PS peu cohérent et d’une différence imperceptible entre nous et lui pour apparaître comme le meilleur représentant d’une coalition anti-Sarkozy.
Cela, me semble-t-il, fixe le champ des possibles et les limites de nos relations avec le Modem. Je suis partisan d’un dialogue critique avec le Centre. Dialogue, parce que la gauche, seule, n’a pas la surface pour emporter l’élection présidentielle – souvenons nous de ses 36 % au premier tour de la présidentielle, de ses 39 % aux législatives de 2007 – parce que Bayrou est aujourd’hui, c’est évident, un opposant virulent à la droite sarkozienne, parce que sur certains points, en effet – la République, la laïcité, par exemple – nous avons des proximités qu’il serait stupide de nier. Critique parce que, non, le Centre et la social-démocratie ne se confondent pas, parce que nos options économiques et sociales divergent en France et au niveau européen, parce que nous restons attachés à nos alliances à gauche, si précieuses dans les collectivités locales, nécessaires à l’échelon national, à notre identité socialiste.
Nous pouvons, nous devons débattre, nous ne saurions nous confondre dans une alliance trop tôt cristallisée, qui, au demeurant, servirait davantage ses desseins que les nôtres. C’est pourquoi je ne crois pas à la perspective d’un « Parti démocrate » à la française, et trouve imprudent ceux qui militent pour un rapprochement prématuré avec le Modem face à un Sarkozy trop vite enterré. Je réitère donc ma démarche, esquissée lors de la dernière Université d’été de la Rochelle, celle d’Assises des progressistes, ouvertes à toute la gauche et au Centre, visant à approfondir nos convergences et à identifier nos désaccords, comme nous l’avions fait en 1994 avec Lionel Jospin et Jean-Christophe Cambadélis lors des Assises de la transformation sociale, qui donnèrent naissance à la gauche plurielle.
Cette approche refuse le sectarisme – il serait fou de ne pas tenir compte de l’existence de cette force aujourd’hui clairement d’opposition en se cantonnant à un périmètre durablement minoritaire. Mais elle n’est pas non plus naïve ou irénique, elle ne fait pas l’impasse sur nos engagements à gauche, elle ne dédouane pas François Bayrou de son passé de ministre de droite, de son présent de partenaire de la droite ici ou là, de ses amitiés libérales en Europe, elle ne valide pas sa propre stratégie d’« alliance des démocrates »… au final sous sa houlette, elle l’appelle à changer, à bouger.
Le Parti socialiste aura, dans son Congrès, à trancher cette question : il faut, pour cela, bien y réfléchir. C’est cette thèse que, pour ma part, j’ai envie d’y défendre, et que je vous soumets.
11 février 2008
Plan banlieue : l’espoir fait vivre
Merci à "Rage" pour cet article paru ce lundi 11 février dans AgoraVox
Nicolas Sarkozy a détaillé, vendredi 8 février, le plan en faveur des banlieues préparé par la secrétaire d’Etat à la Ville, Fadela Amara. Venue quelques jours plus tôt à Vaulx-en-Velin (69) pour réaliser cette annonce, court-circuité par sa hiérarchie, la secrétaire d’Etat avait bel et bien peu de choses à proposer. Le plan espoir est sans aucun doute un aveu d’incapacité à agir sur le fond des choses: il faudra vivre avec ou plutôt sans.
Après les émeutes de 2005 et la crise latente de ce que l’on appelle communément « banlieues », les attentes sur le terrain étaient et sont fortes.
Marginalisées socialement et spatialement, mises à l’écart des réseaux (transports, vie politique, vie sociale...), montrées à l’index et illustrées en permanence par des « problèmes », les populations vivant en banlieue concentrent l’essentiel des maux du pays.
A en croire les médias, il n’y aurait que des délinquants, du trafic de drogue, des associations et des écoles en difficulté.
Quel que soit le diagnostic, on se trompe de problème à la base : en cristallisant sur la banlieue, on fait de ces quartiers des questions traitées à part alors qu’il s’agit plus d’une question de vie sociale d’ensemble avec des priorités fortes à arbitrer sur des quartiers aux ressources financières limitées.
Il fallait donc, pour assurer une rupture, continuer à produire un énième plan banlieue. Cette fois-ci, un plan « sexy » avec F. Amara en paravent, Mme Boutin et M. Sarkozy en maîtres d’ouvrage.
Et quel ouvrage !
On prend les mêmes et on recommence !
Parmi les dispositions citées :
- une inscription de la diversité dans la constitution : j’imagine que cela va changer les réalités de ségrégation et de mise à l’écart sur le terrain et particulièrement lors de l’accès à l’emploi ;
- de nouvelles incitations pour attirer les fonctionnaires sur ces « territoires » alors qu’il s’agit plus de développer un tissu administratif et de vie locale là où les grands pontes ont déserté ;
- un nouveau partenariat avec les associations ou, plus simplement, la poursuite de la politique carnet de chèques pour acheter la paix sociale ;
- un renforcement notable de la police et, plus particulièrement, de la police de proximité qui ne dit pas son nom ;
- un énième contrat « jeune », le contrat d’autonomie, succédant à la cohorte de contrats aidés, tous plus stigmatisant les uns que les autres sans parler de l’absence de résultats... ;
- une redite de l’affectation de financement aux transports publics lors du Grenelle, c’est-à-dire qu’il s’agit toujours des mêmes 500 M€, mais cette fois-ci avec un fléchage spatial. Un montant permettant à peine la réalisation de 2/3 lignes de tramway ;
- une énième aide à la création d’entreprise dont on sait qu’elle ne peut pas se faire toute seule sans appui ;
- une compensation à la disparition de la carte scolaire pour générer un peu plus de circulation afin d’amener les moins pauvres dans des établissements moins « exposés » (les profs sur sites apprécieront) ;
- une invitation à entrer en classe prépa, dans un moule où de toute façon les « promus » ne pourront que difficilement subsister.
A la lecture de ces éléments, outre la fâcheuse absence de financements, me vient une réaction spontanée : on compte se foutre de la gueule des habitants de banlieue pendant combien de temps ?
Cela fait des années que l’on sait qu’il n’y aura pas de changements notables si l’école ne change pas sur le fond, afin de permettre aux plus modestes de trouver aussi un emploi sans faire des études longues.
Des années qu’il est nécessaire de casser les réseaux de drogue pour changer les repères des jeunes.
Des années que la place de la femme doit changer, parce que les femmes sont celles qui restent sur le terrain et suivent l’éducation des enfants avec des journées de folie.
Et l’emploi, impossible à créer sans appui, sans accompagnement, sans conseil et sans financement de banques frileuses à prêter.
Que dire aussi du sport, vecteur de cohésion, même pas évoqué alors que le sport et les équipements sportifs des banlieues sont des forces sur lesquelles s’appuyer.
Des années également que l’on sait qu’il est nécessaire de reconstruire certains quartiers, redimensionner les logements et entretenir, qu’il faut tirer des lignes de transport en commun, qu’il faut sensibiliser au recrutement - et particulièrement dans le public - de publics issus des banlieues.
Il serait aussi un poil intéressant de cesser l’assistanat et de rebattre les cartes de l’égalité réelle des chances, dans l’école, mais aussi dans le monde du travail (je pense aux contenus, mais aussi aux réseaux). On pourrait aussi se pencher sur les financements associatifs et le financement de ceux qui aident pour redéployer de l’argent mal engagé vers des projets plus solides.
Il y a également des choses existantes que l’on évoque peu, de la loi SRU en passant par la localisation et la densité même des services publics.
Allons allons, un jour peut-être comprendra-t-on que c’est en intégrant ces quartiers aux villes, en ne mettant pas à part ces secteurs dans des politiques sectorielles, mais plutôt en force dans les politiques d’ensemble, que l’on pourra rehausser des pans entiers de villes de laissés-pour-compte.
La mixité sociale, il y a ceux qui en parlent et ceux qui la construisent tous les jours sur le terrain.
Avec l’argent public mis par les fenêtres pour annoncer ce type de « blague » (je pense en l’occurrence au salon de Lyon sur le logement), il aurait mieux valu engager une campagne de publicité au 20 heures : « Dans les banlieues, il y a des gens qui se lèvent tôt, que ne dealent pas, qui ne sont pas représentés et qui pourtant sont indispensables à la société : ce sont eux qui font toutes les tâches ingrates, de la construction des pavillons en passant par le ménage et la mécanique. La moindre des choses serait au moins de les considérer. »
30 décembre 2007
Le chanoine et la République
Bien qu' avec un peu de retard,voici une réaction d' un groupe qui oeuvre depuis des années pour la paix au Proche-Orient par la création d' un état palestinien viable à coté d' Israël
Communiqué de La Paix Maintenant (samedi 22 décembre 2007 )
Jeudi 20 décembre 2007, à Rome, en réponse au discours du cardinal qui venait, selon la tradition, de le faire chanoine d’honneur de l’église Saint-Jean de Latran, un Président de la République française « décomplexé » (l’un de ses mots favoris) a livré une vision de la France tout aussi décomplexée.
Bien qu’en cette occasion, il s’adresse spécifiquement aux chrétiens, il reprend dans son discours une version communautariste de la France déjà annoncée dans un livre d’entretiens publié le 28 octobre 2006, soit bien avant les élections. En substance : aux chrétiens leurs curés ou pasteurs, aux musulmans leurs imams, aux juifs leurs rabbins, et les Français seront bien gardés (ce qui donne, dans le discours de Latran : « La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence. »)
Ah, la disparition des patronages... Voilà donc la cause de nos maux.
Chaque passage du discours de M. Sarkozy serait à reprendre. Fort heureusement, les répliques et les analyses ne se sont pas fait attendre.
Nous nous en tiendrons ici à un seul point : l’école républicaine.
M. Sarkozy a notamment déclaré : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »
La Paix Maintenant tient à réaffirmer son attachement aux valeurs de la République. Et la laïcité est l’une de ses valeurs principales, comme le rappelaient, il y a peu encore, la Commission présidée par Bernard Stasi et le rapport remis en 2004 au Conseil d’Etat.
M. Sarkozy n’hésitant pas à gommer en quelques phrases plus d’un siècle d’histoire de la République, nous lui répondrons par quelques autres phrases, prononcées en 1903 par le radical Ferdinand Buisson (1841-1932), qui fut directeur de l’enseignement primaire, président de la Ligue des droits de l’homme et lauréat, en 1926, du prix Nobel de la paix.
C' est lors d' un discours au congrès radical que Ferdinand Buisson prononça ces quelques phrases qu’il est bon de rappeler aujourd’hui. Affirmant qu’« on ne fait pas un républicain comme on fait un catholique », il expliquait : « Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain si petit et si humble qu’il soit [...] et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite. [...] Croire, c’est ce qu’il y a de plus facile, et penser, ce qu’il y a de plus difficile au monde [...] il ne s’agit de rien moins que de faire un être libre [...]. » ( [1]
M. Sarkozy, dernier extrait ici : « Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. ».
M. le Président de la République, il n’est pas nécessaire d’être croyant pour espérer. Si tel était le cas, nous ne serions pas nombreux, à La Paix Maintenant, à espérer et à lutter pour l’avènement de la paix au Proche-Orient.
Un mot encore, M. le Président. Espérer, c’est bien, mais encore faut-il s’entendre sur le contenu de cette espérance. Nous croyons devoir vous rappeler qu’au Proche-Orient, par exemple, l’espérance de nombreux hommes qui croient n’est pas la nôtre. En revanche, de nombreux hommes qui, eux, ne croient pas, partagent avec nous la même espérance.
La Paix Maintenant
[1] Cité par Antoine Prost, Histoire de l’enseignement en France, 1800-1967, Paris, Armand Colin, 1968, p. 219
29 décembre 2007
Demain c' est déjà avant-hier
Que signifie la lettre envoyée par le Premier Ministre aux syndicats en cette fin d' année ?
A première vue que tout le discours sur le "travailler plus pour gagner plus" n' est que de la poudre aux yeux(mais ça c' était clair depuis longtemps ),que la loi sur les heures supplémentaires a engendré une usine à gaz totalement inapplicable et que le gouvernement de Sarkozy en est conscient.
Ensuite vient la mesure qui permettrait de négocier le temps de travail entreprise par entreprise,voire entre un salarié et son employeur. Cette proposition, qui correspond tout à fait aux voeux du MEDEF, cache à peine l' un des buts poursuivi par Sarkozy depuis son élection,c' est la suppression pure et simple de toute référence à une durée légale de travail,un retour en arrière de près d' un siècle dans les relations sociales.
Enfin c' est reprendre une conception rétrograde d' une certaine flexibilité à coup sur nécessaire qui ne vaut que si elle est accompagnée de la sécurité,à savoir lier les droits à la personne et non à l' entreprise où elle travaille,réaliser un véritable accompagnement personnalisé,etc.....
26 décembre 2007
Travailler plus pour gagner plus, une aberration économique
Merci à Vincent Marot pour cette analyse publiée lundi 17 décembre 2007 surAgoraVox
06 décembre 2007
Fraternité
Après une longue absence,un nouveau post qui reprend un post de Pierre Moscovici sur son Blog (http://moscovici.typepad.fr/blognational/)en date du 3 Décembre 2007
Charmes de la vie politique : vendredi et samedi, j’étais à Montbéliard, aujourd’hui je suis à Dublin pour parler de l’Europe, hier j’intervenais devant l’«université permanente » du PS à l’invitation d’Henri WEBER et Yves ATTOU sur une « politique étrangère de gauche » (je joins à ce post le canevas de mon intervention). J’aime ces confrontations avec nos cadres, nos militants, la vivacité de l’échange, la diversité des points de vue. Dans ce débat, j’ai vu aussi, en quelque sorte, un scanner de notre parti. En effet, j’en retire deux impressions.
Le PS reste une force puissante, aux ressources étendues. Le public de cette université était constitué de cadres du PS et du MJS, de beaucoup de candidats, jeunes pour la plupart d’entre eux, aux élections municipales et cantonales. Tous sont formés, intelligents, animés par des convictions sincères et désintéressées, prêts à se battre pour leur idéal de socialiste, contre la droite, mais dans des conditions difficiles : ils croient à l’avenir de leurs idéaux, ils se sentent enthousiastes pour renverser un sort contraire. Ce parti-là, non, n’est pas mort.
On sent bien, en même temps de quoi il souffre, de quoi il a besoin.
Il a besoin de confiance en lui. Il y a encore, dans nos rangs, trop de complaintes, d’auto-flagellations, d’«à quoi bonisme», pour parler comme Serge GAINSBOURG, de désabusement. Comme si nos 15 années au pouvoir avaient été des années de trahison, de désillusion. Comme si nous avions fini par nous confondre sans nuance avec la droite. Je n’accepte pas ce fatalisme, cette amertume. J’ai été très tôt partisan du «droit d’inventaire», cher à Jean-Christophe CAMBADELIS et à Lionel JOSPIN, qui peine à l’exercer pour lui-même mais qui l’a justement appliqué au mitterrandisme finissant. Mais cracher dans la soupe, non : cela ne sert rien, ne la rend pas plus mangeable, c’est surtout très injuste au regard de notre bilan, contrasté, certes, depuis 1981. C’est stérile et sans issue.
Il a besoin d’une vraie rénovation intellectuelle. J’entends encore trop de poncifs, d’«idées-réflexes» venant des temps anciens, de préjugés idéologiques mal digérés. Ce n’est pas ce qu’il nous faut : je ne prétends pas avoir raison sur tout, je peux me tromper, je tâtonne, ma réflexion est inaboutie, mais j’essaie toujours d’avancer, j’écoute les autres, je me nourris d’eux, et cela me paraît la bonne démarche. Notre pensée n’est pas assez sûre, glorieuse, conquérante, pour souffrir la paresse ou la suffisance. Au travail, donc, sans oeillères.
Surtout, avant tout –et c’est lié- le PS a besoin de fraternité.
Fraternité, oui ! Je sais le terme galvaudé, mais je l’écris. Assez de petites malveillances gratuites, de positionnements stériles et intolérants –cela vaut pour les plus expérimentés comme parfois pour les plus jeunes des socialistes. Il n’y a pas, chez nous, de morphologie de «droite» ou «de gauche», des socialistes et des libéraux, des «chavistes» et des «réformistes», des «ouistes» et des «nonistes», incapables de se parler, murés dans leur hostilité réciproque. Assez de caricatures : il y a des camarades, de sensibilité différente, qui doivent réapprendre à former, ensemble, un socialisme du 21ème siècle, un socialisme du réel. À défaut, ce sera très difficile, voire impossible. Un jeune militant du Tarn, se croyant très malin sans doute, a cru devoir, au milieu de certains sourires entendus, établir une étrange filiation allant de FOCCART à … DSK, en passant par CHIRAC et SARKOZY.
Et bien, c’est juste très con ! Le travail de DSK est très difficile, il le sait, mais il est décisif pour change la mondialisation. C’est un vrai défi, pour un progressiste. Et si nous procédons ainsi, en ne cessant de dénoncer des ennemis intérieurs, de tirer contre notre camp, nous resterons une belle phalange, pleine d’intelligence certes, mais condamnée pour longtemps –et à juste titre- à une opposition impuissante.
Allons ceci dit, ce fut une belle matinée, où je me suis senti entouré de sympathie au soir de cette promotion «Lucie AUBRAC» : il est bon que les socialistes sachent retourner à l’université –oui, mais pour apprendre. Cela vaut aussi pour moi….




